Les énergies marines renouvelables, une filière prometteuse

Actualités et conseils sur les carrières dans le grand ouest
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Publié le lundi 22 mai 2017
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Par Rozenn Gourvennec

Avec quatre façades maritimes, la France bénéficie d’un potentiel de développement des énergies marines renouvelables parmi les plus importants d’Europe. Le Grand Ouest se positionne sur cette filière porteuse.

Une turbine hydrolienne sera prochainement mise à l’eau sur le site de Paimpol-Bréhat.

 

Forte de plusieurs milliers de kilomètres de côtes, la France veut figurer parmi les leaders des énergies marines renouvelables (EMR), un secteur naissant et en forte croissance à l’échelle européenne. Son ambition : atteindre 6 000 MW d’EMR installés en 2020. « La France a pris du retard dans cette filière par rapport à ses voisins européens, mais elle possède des atouts majeurs, souligne Marlène Kiersnowski, responsable des filières énergies renouvelables en mer et hydroé- lectricité au Syndicat des énergies renouvelables (SER). Outre les avantages géographiques, elle est dotée d’un domaine d’expertise reconnu dans le monde, des savoir-faire en ingénierie, mais aussi des infrastructures de production qui permettent d’attaquer des marchés à l’export. Et la filière est bien soutenue par l’État et par les collectivités du littoral qui se montrent proactives pour faciliter le développement des différents projets. » 

 

L’éolien offshore bien lancé

Plusieurs pistes d’EMR sont d’ores et déjà à l’étude dans le Grand Ouest. L’éolien offshore (installé dans des zones situées en moyenne à 10 kilomètres des côtes et à des profondeurs allant jusqu’à 25 ou 30 mètres) est le projet le plus avancé à ce jour sur nos côtes françaises. Six parcs sont prévus au large du Tréport, de Courseulles-sur-Mer, de Saint-Brieuc, de Saint-Nazaire, de l’Île d’Yeu et de Noirmoutier, pour des mises en service attendues pour 2020- 2023. Ils devraient produire au total 3 000 MW. Sur l’ensemble de la France, l’éolien flottant est le deuxième filon prometteur des EMR. Installée au-delà de cinquante mètres de profondeur, l’éolienne flottante permet de bénéficier de vents plus forts et plus réguliers. Une ferme-pilote de quatre éoliennes de 6 MW chacune devrait être ancrée au large de l’Île de Groix à l’horizon 2019- 2021. Elle pourra comporter, à terme, jusqu’à six éoliennes pour fournir au total 36 MW, l’équivalent de la consommation de la ville de Lorient.

L’hydrolien en test

Encore en phase de démonstration, l’hydrolien exploite la force des courants marins pour la transformer en énergie électrique. Plusieurs expérimentations sont en cours, notamment dans le Fromweur, entre l’archipel de Molène et l’île d’Ouessant. La PME quimpéroise Sabella y a installé une hydrolienne d’1 MW de juin 2015 à juillet 2016 pour fournir au réseau insulaire d’Ouessant une partie de son électricité. Elle devrait être remise à l’eau au printemps 2017. DCNS/Openhydro et EDF-Énergies Nouvelles tentent eux aussi de raccorder une ferme hydrolienne à un réseau d’électricité sur le site de Paimpol-Bréhat. Le projet, qui a pris du retard en raison d’un problème de corrosion des supports, devrait être repris fin 2017. DCNS et EDF-Énergies Nouvelles prévoient également de développer vers 2018-2019 une autre ferme-pilote au Raz Blanchard, au large du cap de la Hague (Manche), avec sept hydroliennes en test. Au total, le potentiel de l’hydrolien français est estimé à 6 GW (soit six fois plus qu’un réacteur nucléaire), dont la moitié serait disponible pour 2030. D’autres énergies marines renouvelables sont à l’étude, comme l’énergie houlomotrice produite par le mouvement des vagues (un site d’essai est prévu au Croisic), l’énergie thermique des mers qui exploite la différence de température entre les eaux de surface et les eaux profondes, et l’énergie osmotique qui tire parti de la diffé- rences de salinité entre les eaux douces fluviales et les eaux marines.

DCNS ENERGIES, NOUVEL ACTEUR INDUSTRIEL DES EMR

Le leader européen du naval de défense DCNS, en partenariat avec Bpifrance, Technip et BNP Paribas Capital, a lancé début 2017 DCNS Energies, sa nouvelle société dédiée au développement industriel et commercial des énergies marines renouvelables. Capitalisée à hauteur de 100 millions d’euros, elle se focalise sur trois technologies pour la production d’électricité : l’hydrolien, l’énergie thermique des mers et l’éolien en mer via les flotteurs semi submersibles. DCNS Energies se positionne en tant que constructeur de centrales EMR clés en main, destinées au marché français et à l’exportation. Pour Bpifrance, cela représente un potentiel de recrutements important concentrés autour de Brest et Nantes, qui emploient déjà 250 ingénieurs et techniciens, mais aussi à Cherbourg, où une usine d’assemblage dédiée aux hydroliennes va être construite. Elle devrait employer une quarantaine de personnes dans un premier temps, puis deux à trois fois plus en phase commerciale. 

Des milliers d’emplois à la clé

Les EMR représentent une manne d’emplois considérable pour la région Grand Ouest. Dans une enquête récente, le Groupement des industries de construction et activités navales estime que leur développement permettra de créer 50000 postes en France d’ici 2030, tous métiers confondus. 500 emplois sont d’ores et déjà attendus sur le port de Cherbourg grâce à la construction prochaine d’une usine de pales d’éoliennes par le constructeur danois LM Wind Power, acquis par General Electric. Dix usines de fabrication d’éoliennes sont prévues en tout à Cherbourg, Saint-Nazaire et Le Havre, représentant des milliers d’opportunités. « L’éolien offshore offre à lui seul un potentiel de 8 000 à 10 000 emplois, affirme Paul Duclos, chargé de mission éolien au SER. Du bureau d’études à l’exploitant chargé de la maintenance, en passant par la fabrication et l’installation en mer, le champ des métiers possibles est très complet. Il faut des ingénieurs, juristes, chargés de mission pour le développement des projets, puis des spécialistes de l’acier, de la chaudronnerie, des composites, de l’électricité, de la forgerie, de l’électronique, des télécommunications, des nouvelles technologies... Pour les métiers traditionnels, un gros travail de reconversion et de formation va être nécessaire. » 

Les énergies marines renouvelables DANS LE GRAND OUEST en chiffres 

  • 2020 - 2023 : dates prévisionnelles d’entrée en fonction des 6 premiers parcs éoliens offshore français
  • 11 millions de km2 : c’est la surface de l’espace maritime français, n°2 mondial
  • 100€/MWh à 120€/MWh :coût de l’électricité des fermes éoliennes offshore françaises à l’horizon 2030 sur lequel s’engagent les professionnels
  • 3000 MW en cours de déploiement, répartis sur 6 parcs éoliens dans les eaux territoriales françaises parcs éoliens posés
  • 10000 emplois seront créés grâce aux 6 premiers parcs éoliens posés à l’horizon 2020
  • Entre 2014 et 2015, le nombre d’emplois liés à l’éolien dans le Grand Ouest a augmenté de près de 43 % contre 15,4 % au niveau national

Interview

Jean-Michel Lopez
Directeur en charge de la coordination des énergies marines renouvelables au Conseil régional de Bretagne 

« Le port de Brest se prépare à accueillir les industriels de l’EMR » 

Un vaste chantier a démarré sur le port de Brest pour accueillir les industries liées aux EMR. Quels sont les enjeux de ces aménagements ?

J-M L Il s’agit d’un chantier sur trois ans de plus de 200 M e pour faciliter l’accès des bateaux de grande taille aux quais et créer une poldérisation, une surface de 40 hectares qui constituera un point d’ancrage sur la côte Atlantique pour les industriels, notamment de l’EMR. Il existe un équipement de ce type en Mer du Nord, mais l’infrastructure portuaire de Brest sera la seule de cette envergure sur la façade Atlantique. 

Quelles retombées attendez-vous sur l’emploi dans la région ?

J-M L La phase de travaux nécessitera à elle seule un maximum de 150 emplois équivalent temps plein (ETP). Pour la suite, il est encore difficile de manier les chiffres annoncés par les industriels. Quelques éléments clés nous sont donnés par les fermes éoliennes offshore de 500MW par exemple: jusqu’à 50 ETP en phase étude, entre 2 000 et 2 500 emplois chantiers dont 700 à 800 ETP en sous-traitance, puis 100-150 ETP par an en phase d’exploitation.

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